L’initiative Coeur de Brenne
Collectivité et acteurs locaux créent une filière locale de compostage
Le séminaire d’Automne du Réseau Compost In Situ s’est déroulé cette année dans l’Indre chez l’un de nos plus récents adhérents, l’entreprise adaptée ASPI BOIS ET CONSTRUCTIONS SERVICES. Cela a permis aux membres du réseau de découvrir une initiative intéressante, née en 2008-2009, entre la Communauté de communes Cœur de Brenne et un agriculteur local en lien avec les déchets de végétaux.
Avant cette date, l’EPCI transportait ses déchets végétaux sur une plateforme de traitement à Chateauroux occasionnant des déplacements et des temps de trajet importants. La SCEA Les Riollières, détenue par Emmanuel BOURGY se rapproche de la Communauté de communes Cœur de Brenne. Cyril FOURIER, responsable des services techniques à la Communauté de communes Cœur de Brenne et Emmanuel BOURGY décident de créer 2 plateformes de déchets verts susceptibles de traiter tous les déchets verts du territoire, l’une appartenant à la collectivité, l’autre appartenant à la SCEA Riollières. L’intérêt de l’initiative réside surtout dans la mutualisation du matériel qui représente un investissement important. Ils mettent alors en commun deux télescopiques pour retourner les andains.
Assez rapidement les volumes augmentent jusqu’à atteindre 1 500 tonnes de déchets verts par an.
Puis, un autre acteur situé non loin de ce territoire (territoire voisin de Le Blanc), l’ESAT Atout Brenne s’intéresse à la valorisation des déchets végétaux produits par les ateliers espaces verts pour une utilisation sur les ateliers agricoles : maraîchage, ovin et bovin. L’ESAT produit de 500 à 600 m3 de déchets verts. Jérôme Merlet, directeur de l’ESAT, cherche alors des solutions afin de réduire le coût des intrants qui ont fortement augmenté en 2020 – 2021 (1 000 € la tonne contre 300 € la tonne avant 2020).
Avec le compost de déchets verts, Jérôme Merlet, directeur de l’ESAT est passé de 60 unités/ha à 30 unités/ha d'ammonitrates. Il ne travaille plus d’engrais phospho-potassique depuis 2007 sur les prairies. Sa terre est devenue très meuble, se travaille beaucoup plus facilement et est plus riche en nutriments.
Laurent LHERITIER, agriculteur en conventionnel entre dans la boucle en 2020. Il a 200 ha d’exploitation. Au départ, il pense s’orienter dans le secteur de l’énergie. Finalement, après réflexion, il décide d’améliorer l’état de ses sols en travaillant mieux ses surfaces agricoles. Il fait le tour des déchetteries et tombe sur Emmanuel Bourgy, un ancien collègue d’école.
Laurent LHERITIER, est lui aussi très satisfait d’avoir trouvé une solution locale pour enrichir ses sols.
L’apport de compost que va fournir ASPI CBS grâce à l’activité de valorisation de Déchets de Cuisine et de Table qu’il a créée en 2024 est une autre étape dans cette initiative. Le Compost qui possède des propriétés différentes que celui de déchets verts va servir entre autres à nourrir les 3 000 m2 de serres de l’ESAT Atout Brenne. Les légumes produits sont quant à eux commercialisés sur le territoire (magasin à la ferme, supermarchés, restaurants du coin, restauration interne…).
Agathe CYRILLE, conseillère grandes cultures au Groupement d’agriculteurs biologiques de l’Indre qui compte 150 adhérents (50% des agriculteurs bio du département) est intervenue à cette table ronde. Elle explique que, pour nourrir les cultures, les agriculteurs cherchent des intrants tels que de la fiente de volaille par exemple. Elle précise que parfois les agriculteurs apportent de l’azote pour nourrir les plantes sans toujours penser qu’il faut également nourrir les sols en y apportant de la matière organique. Certains n’ont d’ailleurs pas connaissance du taux de matière organique de leurs sols. Le compost de DCT, de surcroît produit localement, peut constituer une source très intéressante de matière organique mais il est souvent trop peu connu.
Connaître les besoins des agriculteurs quand on valorise les matières organiques est indispensable. Mais il est vrai que les agriculteurs ne connaissent pas toujours précisément les valeurs agronomique, biologique et chimique de leurs champs.
Cyril Fourier pense qu’il faudrait intégrer ces discours dans les écoles (CFA, CFPPA, CPTA, lycées agricoles, centre de formation…).
Agathe CYRILLE pense qu’il faut également être en mesure d’accompagner les agriculteurs, de favoriser les échanges avec ceux qui ont déjà mis en place de nouvelles approches et peuvent partager les résultats obtenus sur leur ferme.
Dans le Réseau Compost In Situ, les liens entre les professionnels qui traitent la matière et les utilisateurs de cette ressource sont de plus en plus fréquents. En Loire Atlantique, Terracompost travaille avec une association d’agriculteurs. Dans le département de La Loire, Compost’ond précise que l’activité de valorisation des déchets végétaux a démarré avec la complicité d’un centre de formation agricole.