Comment la politique déchets d’une collectivité peut soutenir l’agriculture locale ?
Comment contribuer à une agriculture durable sur un territoire ? L’exemple du PAT-Ly
Lors du séminaire du Réseau Compost In Situ en avril dernier, la Métropole de Lyon est venue présenter ces résultats sur 2 projets menés sur les amendements agricoles.
Dans le projet Alimentaire du territoire lyonnais (PATLy), s’inscrit entre autres les politiques agricoles 2021-2026 avec comme un des axes le « Développement de l’agroécologie et de l’agriculture Biologique » et la politique déchet.
Florent ARTHUR, chargé de mission agriculture à la Métropole, explique que, toutes les surfaces agricoles situées dans un périmètre de 50 Km de Lyon étaient dédiées à approvisionner la Métropole. Cette dernière pourrait alors être autonome sur son alimentation à 92%. Mais l’équation est beaucoup plus complexe car beaucoup de productions fonctionnent en filière longues et sont exportées.
Benjamin VIGUIE, chef de projet filière valorisation biodéchets, explique quant à lui, que l’objectif politique sur la mandature précédente, vise à atteindre 60% de valorisation organique (toutes matières confondues) à horizon 2030 (contre 31% en 2019). La valorisation par compostage des déchets alimentaires contribue à l’atteinte de cet objectif.
Sur ce dernier volet, la stratégie de la Métropole a été donc de diversifier le dispositif de gestion des déchets alimentaires (rajout en 2021 de bornes à compost et quelques composteurs grutables en plus de composteurs individuels et partagés). Elle a alors fait appel à des plateformes privées de compostage dont celle de OUICOMPOST pour pouvoir traiter la matière. Le déploiement des solutions de collecte (2021-2024) a été progressif et soutenu permettant d’atteindre des volumes nettement plus conséquent dès 2024. En 2025, ce volume de collecte de déchets alimentaires a représenté 9 280 tonnes de compost soit un total de 22 831 tonnes collectées depuis septembre 2021.
Politiques déchets et agriculture travaillent main dans la main
Pour le service des déchets de la Métropole, l’action aurait pu s’arrêter là et se satisfaire de ce volume augmenté. Mais le service agriculture-alimentation avait d’autres ambitions pour accompagner l’agriculture locale notamment à travers le programme PATLy.
Benjamin VIGUIE et Florent ARTHUR ont échangé sur les politiques déchets et agricoles de la collectivité. Ces interconnexions ont grandement facilité la conduite des études menées avec les différentes parties prenantes. Tous les deux reconnaissent le gain de temps et d’efficacité.
Très attentive à la qualité de matières, la métropole qui a pour objectif de proposer cette ressource aux agriculteurs locaux a exigé des structures de collecte de se faire labelliser ASQA, un label créé et géré par le Réseau Réduire plus.
Face au constat pour les agriculteurs d’accéder difficilement à la matière organique et pour rendre visible cette matière nouvelle (compost de déchet alimentaire), la Métropole de Lyon a réalisé deux essais.
Un projet MONA piloté par La Fédération Nationale des Agriculteurs Biologiques (FNAB) de 2023 à 2025 a été mené et a permis de rentrer dans une dynamique nationale où les échanges et apports ont permis de faire monter en compétences le milieu agricole. Ce projet a permis de rendre visible l’apport de compost local, de faire se rencontrer des acteurs territoriaux. Un GIEE « fertilité des sols », groupe d’agriculteurs intéressés pour travailler sur cette thématique, est également né, témoignant de l’intérêt du monde agricole pour cette thématique.
L’autre expérimentation a eu lieu de 2023 à 2026. Ella a réuni des maraichers, des exploitants de grandes cultures, une école d’ingénieurs agronomes, ISARA, le Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes (CTIFL), la Chambre d’Agriculture du Rhone. L’objectif était de comparer les composts de déchets alimentaires à d’autres engrais organiques, et de communiquer auprès des acteurs agricoles locaux sur la qualité et la valeur agronomique de ce compost afin de fiabiliser une filière locale de valorisation
Et qu’en pensent nos agriculteurs ?
Le GAEC la Boule d’Or a fait partie de l’expérimentation menée par le Grand Lyon et Thibaut Hermann du GAEC La Boule d’Or en apporte son témoignage.
Thibaut Herreman est très content d’avoir participé à cette expérimentation et satisfait de l’apport sur ces 3 années.
Il a eu beaucoup de bonnes surprises sur le plan agronomique. Cela lui a permis de diminuer les apports en fumier bouchon sans toutefois le remplacer totalement car les apports en nutriments sont complémentaires.
Le compost est, pour Thibault, un peu plus lent à minéraliser et cela se gère. Pour lui, ce n’est pas un frein. Cela change juste la période où on va utiliser le compost. C’est à lui de s’adapter à la matière avec du matériel différent par exemple.
Sur le plan économique, Thibault Herreman estime avoir économisé 20% de budget par rapport à l’utilisation de bouchon fertilisant entre la planche témoin et planche compost.
Philippe VACHER et son fils, du GAEC de l’Abbaye, sont agriculteurs en grandes cultures céréales et légumineuses. En amendement, il utilise généralement du bouchon, fumer de volailles et aussi du compost de déchets végétaux, de miscanthus,...
Depuis 1 an, il coopère avec OUICOMPOST qui lui livre du compost. Il a utilisé 170 tonnes de compost de matières organiques pour sa ferme de 175 hectares de cultures. Il a épandu 5 T / hectare pour le moment. Il souligne la qualité du compost et sa facilité d’épandage. Sur le plan économique, il précise que le gain se verra à long terme.